L’histoire de ma vie

La famille Bradford en route pour
le Venezuela, 1957


Mon père, Ellis Eugene Bradford, est né à Ithaca dans l’état de New York en 1924. Ma mère, Jane Lois Dolan, est née à New York en 1926. Après l’attaque de Pearl Harbor en Décembre 1941, mon père s’est engagé dans la marine, comme officier. Pour sa formation, il est allé à St Laurence University dans le nord de l’état de New York, c’est là où il a rencontré ma mère, dans un cours d’anglais, je crois.

Ma mère était orpheline ; son père avait quitté sa famille quand elle était bébé et sa mère était décédée d’une maladie quand elle était adolescente.Elle avait un peu d’argent de l’assurance de sa mère, assez pour commencer l’université mais pas assez pour la finir.

Après la guerre, en 1947, ils se sont mariés.  Ma mère avait envie de partir à l’étranger, et tous les deux sont allés à Trinity College en Irlande avec l’argent du G.I. Bill.  Après leur retour aux Etats-Unis, ils ont eu trois enfants – ma sœur Carol en 1952, moi en 1954, et mon petit frère Robert en 1956. Mon père travaillait pour une grande banque à New York, un poste de bas échelon.  Ma mère a toujours eu envie de vivre outre-mer et mon père a réussi à obtenir un poste à Caracas, au Vénézuela. Nous y sommes allés en famille, en 1957, en bateau, c’était avant l’époque où l’on voyageait par avion.

Nous avons vécu près de  six ans au Vénézuela, partagés entre Caracas et Valencia. Je parlais espagnol couramment à cette époque, mais j’ai beaucoup oublié quand nous avons quitté le pays.  En 1963 mon père a reçu une promotion importante, et nous avons déménagé en Suisse, à Genève.  Au début, mes parents y sont allés seuls, nous les enfants sommes restés quelques mois chez des amis au Massachusetts. Mes parents ont dû trouver une maison à louer, et ils ont acheté de nouveaux meubles, j’en ai d’ailleurs quelques uns aujourd’hui. Ma sœur est allée au lycée où elle a appris le français, mon frère et moi à l’école internationale qui est plutôt de langue anglaise. 

Après deux ans en Suisse, nous avons encore déménagé, cette fois à Paris.  Nous, les enfants, avons séjourné aux Etats Unis, cette fois à Ithaca, dans l’état de New York.  Mes parents ont loué une maison conçue par le célèbre architecte Le Corbusier, dans le XVIe arrondissement. Nous sommes allés à l’école américaine, d’abord à Louveciennes, puis à Garches.

Nous étions à Paris pendant mai 68, je m’en souviens bien.  En septembre 1968 j’ai commencé l’école secondaire, dans un pensionnat assez connu aux Etats-Unis, Phillips Exeter au New Hampshire.  J’ai sauté une classe à l’école, donc j’étais un des plus jeunes élèves. Ma puberté était en retard, j’avais de l’acné, assez solitaire, je ne recevais pas de bonnes notes – ces années étaient malheureuses pour moi.

Voilà quelque chose qui m’a marqué à cette époque — quand j’avais quinze ans, avant les vacances d’été, j’ai conçu l’idée de traverser les Etats-unis en vélo.   J’en ai discuté avec mes parents, ils n’étaient pas très enthousiastes mais ils ont suggéré que j’aille en Irlande comme alternative. 

Mes parents nous ont toujours traités comme des petits adultes, ils n’ont jamais eu l’esprit protecteur comme on voit de nos jours.  Et donc, à la fin de l’année scolaire, ils m’ont donné un billet d’avion et quelques centaines de dollars en chèques de voyage, et je me suis rendu en Irlande.  J’y suis resté pendant presque huit semaines.  J’ai acheté un vélo à Limerick et j’ai fait le tour de l’île.  J’ai passé la plupart des nuits dans des auberges de jeunesse, j’achetais de la nourriture dans les magasins et cuisinais moi-même. 

En 1970, il n’y avait pas de portables, c’était difficile même de placer des appels téléphoniques internationaux.  Je suis toujours étonné qu’ils aient eu confiance en moi, qu’ils me laissent voyager tout seul à cet âge.   Mais ça m’a donné confiance en moi-même, et ça m’a montré que je pouvais me débrouiller.

J’ai passé trois ans à Phillips Exeter, pendant ce temps là, la carrière de mon père plafonnait un peu.  Il a eu un contrat de travail au Maroc, à Casablanca, pendant six mois plus ou moins, puis ils ont déménagé au Libéria, en Afrique de l’Ouest. Il était le patron de la Bank of Monrovia, dont Citibank était le propriétaire. C’était un poste difficile, il y a reçu un bonus sur son salaire.

J’ai reçu mon diplôme de Phillips Exeter quand j’avais seize ans, assez jeune,et au lieu de continuer avec l’université tout de suite, j’ai attendu une année, et pendant peut-être six mois, j’ai vécu avec mes parents au Libéria. Ça m’a beaucoup marqué. La vie en Afrique était pauvre, brutale et chaotique. Après j’ai toujours apprécié l’ordre et la prospérité qu’on trouve aux Etats-Unis et en Europe.Mes parents m’ont trouvé un boulot, un stage, à l’hôpital de Monrovia qui s’appelait JFK.  Il existe toujours, parfois on le mentionne dans les journaux.  J’étais infirmier, je travaillais avec des gens du Peace Corps.

J’ai commencé l’université en septembre 1972, à Hamilton College près de Utica, New York où mon père avait été lui-même étudiant.  Au début j’ai suivi des cours de mathématiques et de physique, et de musique.  C’était dans un cours de musique que j’ai rencontré ma première petite amie qui est devenue ma première femme. Elle s’appelait Béatrice, et elle était plus âgée que moi. Elle devait terminer l’université en juin mais elle n’avait pas fini tous ses cours,  donc elle avait besoin de suivre quelques cours de plus. 

Ce n’est pas à cette époque que nous sommes devenus amants, mais l’année d’après, quand elle est rentrée pour une visite.  D’habitude je ne suis pas une personne à avoir de la rancune, mais j’en ai contre elle.  A mon avis, elle m’a récolté telle une collectionneuse. J’étais naïf, intelligent, sensible, elle était beaucoup plus expérimentée, et il y avait quelque chose de cruel dans son cœur. Elle ne voulait pas de  bonnes choses à mon égard, elle était plutôt manipulatrice.  

Beaucoup plus tard, j’ai vu une photographie d’elle dans une publication de l’université, et j’ai frémi en voyant la manière dont son visage était tordu par le passage du temps.

J’ai terminé mes études  à l’Université de Hamilton en mai 1976, avec de bonnes notes.   Béatrice a trouvé un appartement à New York, pas loin en effet de celui de mes parents. J’ai emménagé avec elle, j’étudiais la musique ici et là.  Béatrice faisait des petits travaux comme charpentier, elle était céramiste à l’université et aimait travailler avec ses mains.

En 1977 elle a acheté une maison á York PA, à très bas prix parce qu’elle avait été endommagée par une inondation.  Le gouvernement essayait de trouver des gens qui pouvaient les renover.  Nous y avons donc emménagé.  Béatrice avait une voiture, une vieille Datsun sur laquelle j’ai appris à conduire.

C’est à York que j’ai commencé à faire des petits boulots qui ne duraient que quelques jours ou quelques semaines.  Au début je ne gagnais qu’un salaire minimum ; pendant les années soixante-dix l’économie n’allait pas très bien. 
Au fil du temps j’ai appris à taper, puis à utiliser des machines de traitement de texte et des ordinateurs, je gagnais de plus en plus et je pouvais alors payer mes frais moi-même.   

Béatrice avait très envie de se marier, peut-être pour démontrer quelque chose à ses parents. Je l’ai épousée en juin 1978 mais le mariage n’a pas marché et j’ai quitté York en novembre 1979 pour New York. Nous avons divorcé peu de temps après.

Je crois que les années entre novembre 1979, quand j’ai regagné New York, et novembre 1986, quand j’ai rencontré Valérie ma deuxième femme, sont les plus mouvementées de ma vie.  Je faisais de la musique, j’écrivais des chansons, je dansais, je tombais amoureux. Même aujourd’hui quand je repense à ces jours-là, je suis toujours à la découverte de trucs que je n’ai pas compris à cette époque.  À la fin, ma carrière musicale n’a pas réussi, mais je prenais la vie à bras-le-corps.

A cette époque là, je gagnais ma vie comme intérimaire.  Au fil des ans, je suis devenu plus confiant et j’ai gagné de plus en plus d’argent.  Cela a été difficile pour moi, mais j’ai constaté que je voulais avoir de l’argent, être marié et avoir des enfants, acheter une maison et des voitures.  J’ai donc pris la décision d’abandonner mes rêves de musique et de me consacrer à l’entreprise.  J’ai pris un emploi à plein temps à Citibank, avec le titre de ‘Assistant Manager’ et un salaire de 35,000 dollars par an,  et je suis retourné à l’école à NYU en informatique. 

Écrit comme exercice de français en 2016

(Suite) L’histoire de ma vie – 2

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